lundi 26 août 2019

Le 5 pires techniques de take-off

Le surf est une discipline difficile à apprendre mais également à enseigner. Parce qu'elle se pratique dans un milieu naturel en constante transformation, qui plus est, aquatique. Or, tout le monde n'est pas à son aise dans l'eau ou câblé pour accepter la chute, qui constitue pourtant un passage obligé de l'apprentissage. Ainsi, au delà du défi physique de l'activité sportive, l'enseignant doit dépasser de nombreuses barrières mentales qui freinent la progression.

Le néophyte, s'il n'habite pas au bord de l'océan, découvre un univers complètement mystérieux, il lui est alors difficile de juger de la pertinence des conseils que lui prodiguent des moniteurs autoproclamés sur internet via des tutoriels, articles dans des magasines de renom ou sur la plage via une école de surf.

Le diplôme d'enseignement délivré par le ministère des sports français (BPJEPS et BEES) est certainement au monde celui qui demande le plus d'investissement en temps et possède le contenu le plus riche et pertinent. Il existe ensuite toute une (dé)graduation de certifications qui mettent sur toutes les plages du monde des moniteurs aux qualités très variables. 

Le pop-up, take-off ou redressement est un passage obligé de l'apprentissage et chaque moniteur enseigne sa propre technique. Il existe néanmoins quelques grands classiques, dont certains défient les lois de la physique et semblent destinés à creuser encore l'écart qui sépare le surfeur novice du surfeur excellent. Aussi, je vais présenter ici les avantages et désavantages de ces techniques, dont certaines carrément débiles, parviennent à faire illusion malgré tout.

Mais tout d'abord, visualisez le surfeur, allongé sur sa planche, les mains posées à plat sur la planche.


1. La technique du genou

La technique du genou considère que l'élève n'a pas les qualités physiques pour réaliser un redressement vif et dynamique, tel que le réalise le bon surfeur.
En portant le genou au milieu de la planche (posé ou glissé dans l'axe de la latte centrale de la board), l'élève soulage ses bras, passe par une étape intermédiaire rassurante avant de placer son pied avant entre ses mains. C'est du moins le plan.

Un redressement vif et dynamique, tel qu'enseigné à la Ki Surf School, va bien sûr occasionner, en début d'apprentissage, quelques erreurs de positionnement des pieds et chutes consécutives. Mais il crée les conditions nécessaires à l'exécution d'un mouvement fluide et en souplesse. Car la vague n'attend pas !

Or, le redressement avec le genou est tout sauf fluide : tout d'abord, il engage le bassin de face alors que le corps doit se positionner rapidement de côté. De plus, en multipliant les étapes intermédiaires (pose du genou, ensuite du pied avant, rotation du bassin pour trouver la position de côté), il saccade le mouvement, créant de l'instabilité là où un mouvement souple et dynamique eut permis de poser les deux pieds quasi-simultanément sur la planche.
Par ailleurs, à moins de vouloir faire du débutant un débutant éternel, ce redressement ne permet pas de se lever rapidement dans des vagues creuses et magnifiques, qui sont les vagues de vent off-shore que recherche tout surfeur accompli.




Toutefois, il est vrai que nombreux débutants ont du mal à "lâcher prise" et adoptent cette technique d'eux-même, intuitivement, parce que cet appui du genou rassure. Par la suite, il devient extrêmement difficile de se débarrasser de cette habitude.

2. La technique du pied avant posé en premier

Là encore, si le débutant pose le genou arrière ou si on lui dit de faire ainsi, c'est le pied avant qui va se poser en premier sur la planche. A moins d'être gymnaste olympique, le pied va toujours s'arrêter en deçà des mains, ces dernières bloquant le passage du pied (c'est ainsi que certains s'écrabouillent les orteils en essayant de passer le pied entre les bras).

Or le pied avant doit se poser légèrement au delà des mains pour mettre la moitié avant de la planche en contact avec la surface de l'eau, ce qui oblige le débutant une fois debout à déplacer ses pieds vers l'avant. Sans ce mouvement correctif, le poids du corps demeure sur l'arrière de la planche et cette dernière va rapidement couler au lieu de filer vers la plage. Un surfeur léger avec des qualités physiques va réussir à repositionner ses pieds avant d'avoir perdu toute vitesse mais ce ne sera pas le cas pour tout le monde.

3. La technique des orteils et du lever de fesses

Là, nous pénétrons dans le troisième cercle des Enfers de la technique du take-off.

Lorsque l'on observe au ralenti des vidéos de professionnels exécutant le take-off, on comprend mieux l'analogie avec le décollage d'un avion : on imagine le pilote qui tire sur le manche, le nez de l'avion qui pointe d'abord vers le ciel (le regard du surfeur), suivi progressivement par les roues avant (la poitrine du surfeur), puis le milieu de l'appareil (les hanches) et finalement les roues arrières.

La technique du pousser d'orteils suit le chemin inverse et présuppose que la planche soit gigantesque (en effet, même sur une 8', taille standard de la planche d'apprentissage, la plupart des élèves en position d'équilibre allongé ont les orteils qui dépassent l'arrière de la planche) : les orteils en appui sur la planche, le surfeur tend ses jambes et lève les fesses. A partir de là, deux méthodes sont enseignées, soit les pieds se posent en deux temps sur la planche, soit l'élève prend appui sur ses pieds pour exécuter un petit saut en avant.


Sur une planche à la stabilité hors norme, cette technique peut permettre à un surfeur léger et tonique de réussir à se lever. Pour quelqu'un de plus lent ou sur une planche d'apprentissage classique, exercer une pression sur l'arrière de la planche va enfoncer derechef l'arrière de la planche sous l'eau, cabrer l'avant et casser la glisse dès le départ. La take-off dynamique s'apparente plus à un mouvement de glissement du bassin qu'à un saut, même si, psychologiquement, le take-off en haut de vague donne le sentiment d'un saut dans le vide.

Le redressement dynamique reproduit le mouvement de yoga du serpent, lorsque le bassin glisse vers l'avant comme pour passer entre les bras. Au contraire, avec la technique des orteils, le débutant crispe le bas du corps. En levant les fesses, il porte son poids vers l'arrière quand son objectif eut été de le porter rapidement vers l'avant pour glisser debout jusqu'au bord.

Or, on observe que l'élève, en expérimentant dans l'eau, finit par développer sa propre technique qui n'a souvent rien à voir avec la technique absurde qu'on lui aura montré. Parfois d'ailleurs, on observe que le moniteur en situation de surf n'utilise jamais la technique qu'il enseigne à ses élèves jour après jour. Comme s'il existait une technique de take-off pour les bons et une technique de take-off pour les nuls.

4. Les mains sous les épaules

On voit et entend encore ce conseil : "posez vos mains sous les épaules". Non, les mains, si vous regardez les surfeurs professionnels, se posent le plus en arrière possible, au niveau de côtes, et donc plus bas que la poitrine. Ainsi placées près du centre de gravité du corps, il devient plus aisé et moins pénible de hisser le corps vers l'avant de la planche. Un effet balancier vient alléger le travail des muscles.



Des mains placées trop en l'avant vont avoir tendance, dans la poussée et selon le degré d'erreur : à couler le nez de la planche, à porter le poids du corps vers l'arrière, à occasionner de la fatigue autant musculaire qu'articulaire (tendinites) et à réduire la réussite dans l'exécution du take-off. Placées de manière asymétrique, elles vont également augmenter les risques de pathologies articulaires.

Car, avant même de se lever, il existe quelques pré-requis techniques : le corps doit être bien positionné allongé sur la planche pour qu'elle glisse à plat, les mains elles-aussi doivent être placées au bon endroit, de même que le regard tendu vers l'avant. Et bien sûr, il faut maîtriser la technique de la prise de mousse ou vague molle.

5. Le redressement en levrette

Cette technique n'est, à ma connaissance, enseignée par aucun éducateur sportif mais il est quasi-criminel de la laisser se perpétuer. Les moniteurs peu scrupuleux se disent ceci : du moment que l'élève se lève dans un mousse, peu importe la manière. Néanmoins, cette technique, en plus d'être inesthétique au possible, exécutée dans une vague creuse, aura des conséquences catastrophiques, le débutant va s’exploser en bas de vague à chacune de ses tentatives.

Cette mauvaise technique découle d'un défaut de positionnement des mains sur la planche, et qui n'aura pas été corrigé. Au lieu de positionner ses mains à plat près des côtes, l'élève pose les avants-bras sur la planche tout en s'agrippant sur ses bords. Ensuite, dans un même mouvement, il se hisse en avant en levant les fesses et repliant ses genoux, puis il pose tant bien que mal ses pieds.


C'est dans des vagues plus techniques que le débutant va découvrir les limites des mauvaises techniques qu'on lui a enseignées et qui visent un seul objectif : le débutant doit parvenir au plus vite à se redresser car c'est son but, peu importe s'il se lève comme une chèvre, car un client content est un client qui revient. De plus, en le maintenant dans son état de novice, on est bien certain qu'il n'atteindra pas l'autonomie nécessaire à une pratique du surf non encadrée.

Alors, quelle est la bonne technique de take-off, me direz-vous ? La réponse en situation d'apprentissage auprès de la Ki Surf School !


samedi 24 août 2019

Comment régresser en surf

Avec de bons conseils, des qualités athlétiques et de la persévérance, il est possible pour un débutant de progresser rapidement en surf.

Mais avec de la persévérance dans l'erreur, il est aussi très facile, au lieu d'apprendre, de bloquer sa progression, voire de régresser. Spécialement lorsque la pratique du surf est épisodique, quelques jours/mois ou semaines/an.

Voici donc un petit aperçu des erreurs classiques à éviter à tout prix, et qui souvent découlent d'une seule et même erreur :

 1. Brûler les étapes de l'apprentissage.

Imaginez un novice de la guitare qui s'attaquerait d'emblée à du Django Reinhardt. Il ne sait pas tenir son manche de guitare, pincer les cordes, seule une intervention divine lui permettrait d'atteindre cet objectif. Il saura peut-être se convaincre qu'il joue du Django Reinhardt mais son entourage sera vraisemblablement d'un tout autre avis.
Le surfeur qui ne sait pas se positionner allongé sur sa planche, ne saura pas non plus placer ses pieds suffisamment loin sur la planche et coulera avant d'avoir pu commencer à glisser. 

2. Suivre ses copains bons surfeurs.

Les copains surfeurs, parce qu'ils sont impatients d'aller au large se faire plaisir, leurs conseils se résument souvent à un laconique : "Voici ta planche, on se retrouve au fond". Évidemment, le débutant sort de l'eau frustré, lessivé, voire terrorisé, il a passé une heure à se faire brasser sans parvenir à passer la barre, écœuré, il y a une chance sur deux qu'il ne refasse plus jamais de surf de sa vie.

3. Croire que sans expérience et sans connaissance de l'océan, on peut se passer de conseils.

Chaque spot de surf à ses spécificités et ses dangers, chaque moment de la journée sa marée, chaque journée ses aléas météorologiques. Prendre un cours de surf ou se renseigner est un gage de sécurité mais aussi un gain de temps. Surtout si l'on découvre l'océan depuis peu.

4. Penser que surfer signifie se mettre debout.

Surfer signifie attraper une vague. La preuve, on surfe avec toutes sortes d'engin mais aussi simplement avec le corps, allongé sur l'eau. Le novice qui ne sait pas attraper une mousse ou une vague, coulera à chaque tentative pour se lever. C'est en effet l'énergie de la vague qui permet à la planche de flotter, pour peu qu'on possède la technique de la prise de vague (il ne suffit pas de s'allonger sur la planche et d'attendre).
Bien sûr, la pédagogie de la poussette lui donnera un temps l'illusion de savoir surfer mais ne lui apprendra pas à les bases du surf puisqu'il sera incapable de prendre une vague par ses propres moyens.

4. Croire que dans les vagues, on saura se mettre debout.

En effet, les vagues sont rapidement trop grosses pour un débutant, surtout s'il ne maîtrise pas les bases : position allongée correcte, rame efficace, redressement rapide avec bonne position des pieds.

En plus de la difficulté technique, il faut attraper la vague au bon endroit et au bon moment afin qu'elle ne soit ni trop creuse (planche qui enfourne) ni trop plate. Plus les vagues sont grosses, plus la zone où elles sont susceptibles de casser s'élargit, plus il est difficile de se placer pour les attraper. Il faut couvrir une plus grande distance, cela nécessite une grande dépense physique et des vagues creuses ne pardonnent pas les erreurs de lecture des vagues (estimation de l'endroit où elles vont offrir la pente adéquate).

Par ailleurs, un novice peut réussir à attraper une vague mais s'il ne maîtrise pas son redressement, ses pieds se poseront généralement trop à l'arrière de la planche et celle-ci ne glissera guère que quelques mètres avant de couler.

5. Vouloir à tout prix passer la barre.

Passer la barre est un exercice difficile et épuisant. Tandis que les mousses et les petites vagues du bord offrent au débutant un terrain de jeu propice à l'apprentissage. Or, il ressent parfois ces mousses qui le repoussent vers le rivage comme un obstacle à dépasser. Au lieu de s'entraîner en attrapant ces mousses, il va buter contre les vagues jusqu'à l'épuisement.

6. Prendre l'océan pour un terrain de tennis.

Une mer calme offre des conditions parfaites pour l'apprentissage. Or chaque jour, et même chaque heure, l'océan change de forme, les vagues et le courant deviennent plus féroces, le vent tour à tour les façonne ou les déforme, la marée les adoucit ou les rend agressives.
La difficulté du surf tient évidemment dans cette nécessité de s'adapter à un milieu naturel extrêmement changeant.

7. Aller surfer sans tenir compte des horaires de marée et de la météo.

Sur la côte landaise, les bancs de sable à marée haute sont presque toujours impropres à l'apprentissage du surf. Par temps calme, les vagues disparaissent ; et lorsque la mer devient plus forte, les vagues cassent au bord en shore break, ce qui devient dangereux, du moins pour des débutants.

Il s'agit d'un sport de nature, l'humain doit adapter ses horaires à la marée, au vent, à la houle.

8. Penser que moins la planche flotte, plus c'est facile.

Cette théorie est un défi aux lois de la physique. Un débutant qui ne sait pas se lever sur une grande planche, donc extrêmement stable, aura encore plus de difficultés sur une planche deux fois plus courte. 

9. Aller dans l'école de surf qui propose les tarifs les plus bas.

Il existe des diplômes plus ou moins qualitatifs qui permettent d'enseigner le surf contre rémunération, mais il existe également tout un panel d'écoles de surf. Entre l'école usine qui fait de l'abattage et envoie ses élèves comme on expédie de la volaille (voir vidéo ci-dessous) et celle à taille humaine qui prend le temps d'enseigner véritablement, il existe parfois un gouffre.

Trouver le moniteur de surf pas cher, peu ou pas diplômé constitue un bon moyen de rester nul très longtemps. Les tutoriels d'apprentissage sur Youtube semblent d'ailleurs conspirer pour creuser l'écart qui sépare le débutant du surfeur autonome.


Le débutant n'est pas toujours réceptif aux conseils bien intentionnés de ses amis surfeurs ou moniteurs de surf, qui peuvent être d'excellents guides sur la voie de l'apprentissage. Il se montre parfois trop pressé ou excité, il brûle les étapes. Aussi était-il nécessaire d'expliquer, de manière approfondie, les petits secrets qui permettent de ne pas apprendre à surfer. Afin d'apprendre à surfer.




dimanche 14 juillet 2019

Bambi surfing stance


Qu'est-ce que le bambi stance, la posture à la bambi ? Visualisez bambi faisant ses premiers pas, les jambes frêles, genoux en dedans, cela rappelle un peu la posture de base du surfeur, les genoux rentrés, spécialement le genou de la jambe arrière.





 Bon, d'accord, ce n'est pas exactement ça mais tout de même : le corps du surfeur vient constamment chercher à se positionner à l'aplomb de la jambe avant, afin de mettre la partie avant de sa planche en contact avec la surface de l'eau pour générer de la vitesse.

Cela lui permet également d'engager la planche dans la pente de la vague afin d'utiliser l'énergie suscitée par l'attraction terrestre : un corps qui tombe subit une accélération importante.

La jambe arrière pliée vers l'avant permet à la fois de transférer un maximum de poids sur la jambe avant et d'exercer des pressions sur l'appui arrière tout en gardant le corps groupé sur la jambe de devant. Le virage en haut de vague avec dérapage de l'arrière de la planche est une parfaite illustration de ce principe : la jambe arrière se tend mais le corps reste groupé sur la jambe avant.


Il serait intéressant de mesurer, sur une vague, le temps que passe le surfeur sur son appui avant : presque tout son temps de glisse le voit penché vers l'avant, car le corps déporté sur l'arrière de la planche a tendance à cabrer la planche et à lui faire perdre toute sa vitesse.

La forme de la voute plantaire implique que le genou avant soit lui aussi légèrement orienté en dedans pour que toute la surface du pied reste en contact avec la planche (qualité de l'appui), forcer sur la face externe du pied en dépassant l'aplomb de la cheville aurait plutôt tendance à fragiliser les articulations et à réduite la surface en contact avec la planche.
Par ailleurs, ce genou très légèrement en dedans va permettre également de transférer le poids vers l'arrière dans quelques cas particuliers : par exemple en bas de vague pour éviter de planter le nez à l'issue d'une manœuvre trop radicale,  pour freiner brutalement afin de se caler dans le tube, ou encore pour poser les orteils à l'avant de la planche sans enfourner.

Toutefois, et il faut insister sur ce point, le surfeur recherche constamment la prise de vitesse sur son appui avant, il est donc vraisemblable que le ratio de poids avant-arrière soit de 70/30 en moyenne. La pression sur le pied arrière est réduite au temps très court de la phase de pivot puisqu'un surfeur performant va chercher aussitôt à se remettre sur l'appui avant pour conserver sa vitesse.

Il faut nuancer cette analyse à propos du longboarder : du fait de la grande portance de sa planche, ce dernier va passer plus de temps qu'un shortboarder sur son appui arrière, aussi bien dans les marchers vers l'avant de la planche que dans les phases de pivot.


Mais les genoux rentrés ont un autre effet positif pour le surfeur dans sa phase d'apprentissage puisqu'ils lui permettent plus facilement de conserver les deux pieds parallèles : pieds en canard et genoux écartés vont nuire à la qualité des appuis, réduire l'équilibre et la mobilité du surfeur.

Le genou arrière rentré permet également d'augmenter le rayon de rotation du haut du corps dans le virage backside, il suffit de faire le test genoux rentrés ou genoux écartés, la différence est flagrante.

Le seul inconvénient du genou arrière rentré, c'est qu'il a tendance a créer une fatigue au niveau des ligaments internes, d'où la nécessité de bien s'échauffer, de s'étirer et de pratiquer des activités sportives complémentaires en vue de consolider les muscles garants de l'intégrité des articulations : le tai chi chuan, de style Chen, en prêtant une attention particulière aux amplitudes articulaires et aux postures permet de renforcer le corps et de le prémunir contre les accidents.

A la Ki Surf School, le bambi stance est juste une astuce de coach sportif pour aider les élèves à reproduire la posture de base du surfeur debout sur sa planche. D'ailleurs, dans les Landes, les surfeurs aux cheveux longs sont désignés par les rugbymen sous le sobriquet de chevreuils.

jeudi 4 avril 2019

Jours Barbares, une vie de surf



William Finnegan nous livre le récit d'une vie consacrée à la poursuite d'éphémères monstres marins, des vagues qui le confrontent à la peur immédiate de la mort physique et à celle, plus insidieuse, de la mort sociale. Car les courbes que dessinent le surfeur sur des milliers de vagues, comme autant de pages vierges, disparaissent aussitôt, les exploits, les apothéoses, l'ivresse, qu'en reste-t-il ?

Le surfeur américain témoigne de l'évolution du surf des années 1970 jusqu'à nos jours. On découvre alors que Bali dans les années 1970 était déjà prise d'assaut par des hordes de touristes et comment des vagues aujourd'hui mythiques furent découvertes à cette époque-là et presque aussitôt livrées aux foules.

Ainsi, le magasine Surfeur divulgua la vague de Tavarua aux Fidji, devenue la chasse gardée d'un complexe hôtelier tenu par deux surfeurs californiens : le concept de la vague privée était né, suivi de près par celui du boat trip.

Les articles sur la découverte d'une nouvelle grande vague sont un marronnier dans les revues de surf, mais, quant à l'obligation de dissimuler sa localisation, les règles tacites restent strictes. Sans doute peut-on divulguer le nom du continent, mais jamais celui du pays proprepment dit, ni même, parfois, celui de l'océan... En l'occurrence, toutes les règles avaient été bafouées.

A la poursuite des vagues mais aussi d'une forme d'idéalisme propre aux années 1970, le narrateur nous entraîne autour du globe, Hawaï, Fidji, Java, Nias, Californie... Son histoire est l'histoire de tant d'autres surfeurs. Il est certes plus difficile aujourd'hui de découvrir une vague vierge de qualité, mais pas impossible. Savoir garder la découverte pour soi semble plus dur, telle est la loi de la rareté. Il en va de même des vagues comme des espèces en voie d'extinction, la tentation est vive d'en tirer quelque profit.

Le livre est intéressant mais la traduction en Français peine à retranscrire des notions de surf. Et pour cause, de notion de surf, le traducteur n'en a probablement aucune : un surfeur lui-même comprend à grand peine les descriptions techniques se rapportant au ride et aux variations du milieu océanique. Ma grand-mère, qui tout l'été nageait jadis le crapillon (une nage de son invention) sur la plage centrale de Capbreton, eut certainement mieux décrit le déferlement d'une vague.

Néanmoins, il est agréable de lire de l'intérieur l'expérience d'un surfeur, de ses premières vagues jusqu'à l'âge mûr, qui n'est pas celui de la sagesse mais plutôt celui d'une forme de soumission à la règle du compromis.

Plus qu'un simple sport, le surf reste le fil rouge de bien des existences humaines, Jours Barbares en est l'illustration parfaite.

Ki Surf School et la charte Eco-Safe Surfing




Ki Surf School fait partie des premières écoles adhérentes de l'association Eco-Safe Surfing. Cette dernière succède au SNEFS, le syndicat des écoles de surf.

Eco-Safe Surfing, en deux mots, c'est :

Une volonté des gérants d'écoles de surf de se regrouper pour faire face aux difficultés communes.

La recherche et le partage d'informations via un website et la communication de newsletter.

Un conseil juridique pour apporter les connaissances nécessaires à la défense des intérêts communs.

La communication auprès du public via la charte de qualité écoresponsable et la publication de supports pédagogiques.

Peu de gens connaissent en effet les prérequis techniques nécessaires à l'enseignement du surf en France : un brevet d’État ou un Brevet Professionnel, long et coûteux, est exigé des moniteurs de surf français. Ce diplôme est sans doute le plus qualitatif à l'échelle mondiale puisque, dans la plupart des pays, quinze jours de stage seulement permettent d'acquérir une certification d'enseignant surf (ISA). Ailleurs, il suffit d'avoir les cheveux décolorés et de posséder une planche pour s'improviser prof de surf (pédagogie de la poussette).

Les cours de surf et taichi de la Ki Surf School ont lieu sur les plages de Capbreton, Hossegor et Seignosse.

Ki Surf School, dans le cadre de sa démarche qualité et en accord avec sa conscience environnementale, se tient à jour des innovations éco-responsables dans l'univers de la glisse afin d'utiliser un matériel technique respectueux de l'environnement : leachs en matériaux recyclés, wax en cire d'abeille, planches plus durables... A moins de revenir à la planche en bois des origines, la planche performante et sans produits chimiques n'a pas encore vu le jour. Toutefois, des expériences intéressantes voient le jour. De même, certaines marques de combinaisons remplacent les produits issus de l'industrie pétrochimique pour des matériaux naturels tels que l’hévéa.



Et bien conscients qu'une charte de qualité ne fait pas tout, à l'heur de la labellisation de tout par n'importe qui. Mais qu'elle permet d'exprimer des valeurs communes, sans autre prétention que d'assurer des cours de qualité dans le respect de l'environnement.




jeudi 14 mars 2019

Adam et Eve croquent la vague sur Instagram, part 3


Uniformisation durable


Le terme même de "développement durable" sert de caution à l'implantation d'une économie touristique dans des pays ou des zones qui en étaient préservées, puisque le côté durable justifie et absout le côté développement.

Était-il bon que Bali devienne ce qu'elle est devenue ? Le tourisme y a créé des milliers d'emplois (l'industrie du sexe y est prolifique), défiguré le visage du paradis, pollué les plages, fait flamber les prix de l'immobilier, le développement n'y a guère été "durable". La question qu'il faut se poser : est-ce que ces bouleversements environnementaux, socio et économiques vont améliorer le sort des populations autochtones sur le long terme ? Est-ce que l'humain, au vu de sa capacité de nuisance, doit être placé au centre de toutes les politiques ? Ne faut-il pas protéger ce qui peut l'être encore ? Le développement durable offre un profil séduisant, mais il conduit souvent à une folklorisation des cultures : ainsi, nombre d'éco-villages deviennent des centres d'attraction. L'île de roseaux sur le lac Titicaca en est une des nombreuses déclinaisons, ses habitants tels des animaux de foire, visités par des nuées de touristes, vivent dans un décor qui n'a plus rien d'authentique.

Bernard Brunel pose un bilan négatif du développement touristique dans les pays du Sud, dans ce court article : La panacée touristique creuse les écarts.

Partout dans ces paradis perdus, il y eut le premier petit surf écolodge (avant même que le terme existe), tenu par un expatrié. Avec parfois l'excuse du "si ce n'est pas moi qui le fait, ce sera un autre". A présent, on a des plages entièrement tapissées d'hôtels et de restaurants, de boutiques et de clubs. Il est illusoire de penser qu'une position de monopole commercial va perdurer. Toujours, des personnes sans scrupules, avides de profit, vont exploiter les ressources du lieu et transformer la beauté naturelle en un masque de vulgarité, une poupée trop fardée.

En France, la loi littoral interdit de bétonner la côte aquitaine en bord de mer. La forêt de pin y est la forêt artificielle la plus grande d'Europe. Artificielle certes, puisqu'elle est gérée par des sylviculteurs, mais où trouve-t-on encore une forêt naturelle, non exploitée par l'homme ? Ainsi, les bords de l'Adour, le fleuve qui traverse les Landes pour aller se jeter à Bayonne, sont-ils plus luxuriants que les berges du fleuve Amazone entre la Colombie et le Pérou. La quête de la forêt primaire est un rêve de plus en plus lointain. Voyager nous rapproche chaque jour un peu plus de chez nous puisque notre modèle socio-économique devient le modèle global, transformant paysages et modes de vie.

A l'image de toute forme d'industrie, la culture surf tend à se reproduire à l'identique partout à travers le monde. Or, l'acte de surfer n'a pas besoin de s'enfermer dans la reproduction de clichés, de modes qui rendent les lieux désespérément interchangeables. Le surf tend à devenir un sport de masse, les moyens de communication relient tous les points de la terre, trouver une destination surf sans ses hordes de surfeurs et les stéréotypes de la culture surf devient extrêmement difficile.
D'où l'émergence de surf movies ayant pour cadre les pays scandinaves. Seul le froid protège ces lieux de la foule, ils sont la dernière frontière. 

La vague, une denrée rare


Pour tout surfeur en quête d'absolu (ce qui est un peu l'essence du surf), les spots vierges ou méconnus sont des lieux à préserver à tout prix, au sacrifice de son égo et de ses prétentions entrepreneuriales. Aussi est-il désespérant de voir des lieux encore confidentiels et préservés du surf de masse devenir en l'espace de quelques saisons des supermarchés du surf à cause de quelques égocentriques des réseaux sociaux : était-il vraiment indispensable, pour illustrer ses vacances de surf, d'indiquer précisément la localisation du spot sur son compte Instagram ou sur une page facebook telle que Hossegor Crew (qui draine des milliers de surfeurs) ? Ou de se démarquer de ses concurrents en faisant du business sur le dernier secret spot, via des cours de surf, la publication de guides détaillés des spots de surf ou la production de vidéos de surf ?

Qui ne s'est pas retrouvé sur une plage à l'autre bout du monde, Nias, Mirisa, Immesouane, nez à nez avec les surfeurs de sa ville, de son village (Hossegor, Lacanau, Anglet) ? Quel intérêt de partir si loin pour se retrouver avec ses congénères ?

La vague tant convoitée est devenue une denrée rare, il faut la chérir et la préserver, penser aux autres routards qui passeront après nous et seront heureux de découvrir à leur tour une nature vierge et préservée de toute industrie.

Adam et Eve se comportent comme deux ingénus, se balader en short au paradis ne leur suffit pas, il faut qu'ils ruinent tout en saisissant le fruit défendu de leur smartphone Apple.


Adam et Eve croquent la vague sur Instagram, part 2


Babel Label


Les grands groupes hôteliers, les entreprises les plus écovores font du greenwashing. Les producteurs de pesticides eux-mêmes se prétendent respectueux de la nature !!

Au détour d'un sentier au Ghana, à 250 mètres d'un authentique écolodge, je suis ainsi tombé sur des bouteilles vides de Glyphosate de la marque Arysta, une entreprise française, abandonnées à même le sol à l'ombre des plantations d'hévéas.

Sur la page web d’ARYSTA Lifestile (« Arysta, acteur majeur du marché phytosanitaire français »), on peut lire que le site de Noguères est certifié QSE (Qualité, Santé-Sécurité et Environnement) : 

« Arysta LifeScience est membre de l'UIPP (Union des Industries de la Protection des Plantes)... À travers cet engagement, la société soutient une agriculture moderne, innovante et respectueuse de la santé et des ressources naturelles, afin d'assurer une production durable des cultures françaises ». 

En effet, tuer toutes les plantes pour n'en préserver qu'une seule (monoculture), du point de vue d'un esprit malade, peut sembler un acte de protection. Quelle meilleure protection en effet que la destruction du vivant ! 


Il existe à présent des chartes de qualité pour tout, à tel point que la notion même de label tend à perdre toute crédibilité, tant ces derniers ressemblent à des marqueurs de produits commerciaux. On pense au label "vin bio" qui n'accepte pas en son sein les viticulteurs qui vont trop loin dans leur démarche bio !! D'où l'éclosion de nouvelles appellations telles que "vin naturel".

La plupart des labels sont d'ailleurs payants : dès lors, la vertu devient l'apanage de celui qui a les moyens financiers de s'offrir tous les labels disponibles sur le marché. La démarche de qualité du petit producteur est moins visible que celle de la grosse industrie bardée de labels.  

Dans la jungle des labels, comment distinguer, parmi ces labels, les démarches sincères de celles qui relèvent avant tout de la stratégie de monopole commercial ou de greenwashing ? Il en va de même dans l'univers du surf, la multiplication des labels et qualificatifs vertueux est un vernis qui ne résiste pas toujours à l'observation des effets dans le champ du réel.

Mais comment aujourd'hui se passer de label ou marque de qualité pour vendre son activité commerciale ? Impossible, car le consommateur est aiguillé vers ces labels, ils sont l'équivalent, dans le monde animal, des marqueurs olfactifs. 
La vertu et le libre marché sont les deux facettes d'une même pièce. Le label développement durable, selon le territoire sur lequel il s'exerce, n'est pas si durable lorsque, à plus ou moins long terme, il va permettre la mise en tourisme effrénée d'une zone protégée.

D'où cette évocation de la tour de Babel, dans laquelle règne la confusion la plus totale, où les mots sont dépouillés de leur sens, où les labels servent parfois des intérêts contraires aux valeurs qu'ils prétendent défendre.